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"Macron n'aurait pas dû la donner à Al-Sissi"

Affaire Regeni, Corrado Augias rend la Légion d'honneur

"Je ne partage pas cet honneur avec un chef d'État qui s'est fait objectivement complice de criminels" écrit l'intellectuel italien dans une lettre à l'ambassadeur français à Rome
14 Décembre 2020
Corrado Augias

Corrado Augias

L'intellectuel italien Corrado Augias a décidé de rendre les insignes de la Légion d'honneur à la suite de la remise de cette même décoration au Président égyptien Abdel Fatah Al Sissi lors de sa viste à Paris il y a quelques jours. "Je ne partage pas cet honneur avec un chef d'État qui s'est fait objectivement complice de criminels" écrit Augias dans une lettre à l'ambassadeur français à Rome, évoquant l'assassinat de Giulio Regeni comme "une blessure sanglante" pour les italiens. "J'aurais attendu de la part du Président Macron un geste de compréhension sinon de fraternité, au nom de l'Europe que - ensemble - nous essayons si durement de construire".

Voici le texte de la lettre

"Monsieur l'Ambassadeur, je vous rends les insignes de la Légion d'honneur. Quand elle me fut accordée, le geste m'émut profondément. Ça donnait une sorte de consécration à mon amour pour la France, pour sa culture. J'ai toujours considéré votre pays comme une sœur aînée de l'Italie et comme ma seconde patrie, j'y ai vécu longtemps, je compte bien continuer à le faire. En juin 1940, mon père souffrit jusqu'aux larmes de l'agression de l'Italie fasciste contre une France déjà presque vaincue.

Je vous remets donc ces enseignes avec douleur, j'étais fier de montrer le ruban rouge à la boutonnière de ma veste. Mais je ne partage pas cet honneur avec un chef d'État qui s'est fait objectivement complice de criminels.

L'assassinat de Giulio Regeni représente pour nous, les Italiens, une blessure sanglante, un affront, et j'aurais attendu de la part du Président Macron un geste de compréhension sinon de fraternité, au nom de l'Europe que - ensemble - nous essayons si durement de construire.

Je ne veux pas vous paraître trop naïf. Je connais bien les mécanismes des affaires et de la diplomatie - mais je sais aussi qu'il y a une mesure et que, comme l'écrit le poète latin Horatio : Sunt certi denique fines, quos ultra citraque nequit consistere rectum.
Je crois que dans ce cas, la mesure du juste a été bien dépassée, voire outragée.

Avec mes regrets les plus profonds".

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