Bulletin international pour la paix et le désarmement

La Conférence d'examen des Nations Unies du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP)

Le monde ne peut se permettre un troisième échec consécutif. Un TNP vidé de son sens ouvrirait non seulement la voie à une course aux armements incontrôlée, mais saperait également la crédibilité même du multilatéralisme et de la diplomatie en tant qu'outils de résolution des conflits.
20 Avril 2026
PeaceLink staff

Albert, Bulletin pacifiste


ALBERT


Bulletin international pour la paix et le désarmement



La Conférence d'examen des Nations Unies du Traité sur la non-prolifération nucléaire (TNP)

Pourquoi le monde ne peut pas se permettre un autre échec du TNP


Le 27 avril 2026, les travaux de la onzième Conférence d'examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) débuteront à New York, au siège des Nations Unies. Pendant quatre semaines, les délégués de 191 États se réuniront pour débattre de l'avenir de ce qui est considéré comme le pilier juridique du désarmement nucléaire mondial. L'enjeu est considérable : les deux précédentes conférences, en 2015 et 2022, se sont soldées par l'absence de document final, et un troisième échec consécutif risquerait de vider définitivement de sa substance cet important traité international.
Izumi Nakamitsu, Secrétaire général adjoint des Nations Unies et Haut Représentant pour les affaires de désarmement, a lancé un avertissement sans équivoque : un nouvel échec pourrait vider de sa substance le TNP, le réduisant à de simples mots sur une page et le privant de la force politique et morale qui en a fait un instrument fondamental de la gouvernance nucléaire pendant des décennies.
La conférence s'ouvre dans un contexte géopolitique d'une gravité exceptionnelle. Le traité New START, dernier accord contraignant entre les États-Unis et la Russie sur la réduction des armes nucléaires stratégiques, a expiré en février 2026 sans qu'aucun accord de remplacement n'ait été signé. Les deux principales puissances nucléaires mondiales se retrouvent ainsi sans cadre juridique bilatéral limitant leurs arsenaux respectifs – une situation inédite depuis la Guerre froide. À cela s'ajoutent les tensions croissantes dans diverses régions du monde, les programmes nucléaires d'États non signataires du TNP et une érosion plus générale de la confiance multilatérale, rendant toute négociation extrêmement difficile. Ceux qui s'inquiètent de l'avenir suivent la conférence avec une grande attention : ce qui se passera à New York dans les semaines à venir déterminera s'il reste une place pour la diplomatie et le droit à une époque où le langage de la force semble avoir supplanté celui du dialogue.


Comment le Traité sur la non-prolifération nucléaire a vu le jour


Le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) trouve son origine dans les craintes et les espoirs des premières années de l'ère nucléaire, période durant laquelle s'est forgée la « conscience atomique ». Dès 1946, alors que les États-Unis étaient la seule puissance nucléaire, l'administration Truman proposa aux Nations Unies le plan Baruch, visant à placer l'énergie nucléaire sous contrôle international afin d'empêcher sa prolifération. L'Union soviétique, qui développait sa propre bombe atomique, rejeta ce plan, soupçonnant qu'il visait à consacrer le monopole américain sur les armes nucléaires.
La course aux armements s'est poursuivie inexorablement : l'Union soviétique a procédé à son premier essai nucléaire en 1949, suivie du Royaume-Uni en 1952, de la France en 1960 et de la Chine en 1964. Le monde, déjà divisé par la guerre froide, était confronté à la perspective terrifiante d'une prolifération incontrôlée. C'est dans ce contexte que les États-Unis, l'Union soviétique et le Royaume-Uni ont entamé des négociations qui ont abouti à la rédaction du TNP.
Le traité fut ouvert à la signature le 1er juillet 1968 à Londres, Moscou et Washington, consacrant un compromis historique : les cinq États ayant procédé à des essais nucléaires avant le 1er janvier 1967 pouvaient conserver leurs arsenaux, mais tous s’engageaient à négocier le désarmement et à empêcher la prolifération de l’arme nucléaire ; les États non nucléaires se voyaient garantir l’utilisation pacifique de l’énergie atomique sous le contrôle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Ce compromis nucléaire historique fut obtenu sous la pression d’une opinion publique sensibilisée par des scientifiques conscients et responsables qui appelaient les grandes puissances à rendre des comptes. Une attention mondiale faisait alors cruellement défaut aujourd’hui. Malgré les divisions et les guerres (songez à la sanglante guerre du Vietnam), les grandes puissances parvinrent à dissocier les conflits armés de l’époque de la perspective historique marquée par la nécessité de freiner la confrontation nucléaire. C’est dans cet esprit que furent engagées des négociations en vue d’un contrôle international équilibré des armements, conformément à l’article 6 du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
Cet équilibre, souvent qualifié de grand compromis du TNP, est né non seulement d'idéaux de paix, mais aussi d'une nécessité impérieuse : contenir la course aux armements et empêcher que chaque crise régionale ne dégénère en un conflit nucléaire mondial. Le traité est entré en vigueur le 5 mars 1970, a été prorogé indéfiniment en 1995 et compte aujourd'hui 191 États parties. Il s'agit de l'accord de désarmement le plus universellement ratifié de l'histoire.


La pertinence actuelle du Traité sur la non-prolifération nucléaire


Il convient de revenir sur un fait historique d'une grande pertinence pour le présent : lors des négociations du TNP, le monde était déchiré par des guerres profondes et dévastatrices. La Guerre froide divisait la planète en deux blocs opposés, le conflit vietnamien faisait rage et les tensions entre les superpuissances atteignaient des niveaux extrêmes. Pourtant, dans ce contexte de conflits acharnés, les dirigeants politiques de l'époque ont eu la sagesse de dissocier les guerres en cours de la perspective d'une réduction des tensions nucléaires. Ils ont su comprendre qu'au-delà des différends militaires immédiats, il existait un intérêt commun supérieur : empêcher l'humanité de sombrer dans un abîme nucléaire.
Aujourd'hui, le risque est particulièrement aigu : nous n'avons plus de traités de référence et le droit international lui-même est considéré comme inefficace et sans valeur. Nous sommes au plus bas du droit international depuis 1945. Le cadre juridique mondial du contrôle des armements nucléaires est plus fragile que jamais, et 2026 s'annonce comme une année cruciale pour le désarmement après l'expiration du traité New START.



Chronologie des événements clés

1946 - Les États-Unis proposent le plan Baruch pour un contrôle international de l'énergie nucléaire ; l'URSS le rejette.
1949 - L'Union soviétique procède à son premier essai nucléaire.
1952 - Le Royaume-Uni procède à son premier essai nucléaire.
1960 - La France procède à son premier essai nucléaire.
1964 - La Chine procède à son premier essai nucléaire.
1er juillet 1968 : Le TNP est ouvert à la signature à Londres, Moscou et Washington.
5 mars 1970 - Le TNP entre en vigueur.
1974 - L'Inde procède à son premier essai nucléaire, tout en restant en dehors du TNP.
1995 - Le TNP est prorogé indéfiniment.
1998 - Le Pakistan procède à des essais nucléaires, tout en restant en dehors du TNP.
2003 - La Corée du Nord se retire du TNP.
2006 - La Corée du Nord procède à son premier essai nucléaire.
2010 - La Conférence d'examen du TNP adopte un plan d'action pour le désarmement.
2015 - La Conférence d’examen du TNP se termine sans document final en raison de désaccords sur la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient.
2019 - Effondrement du traité FNI interdisant les missiles à portée intermédiaire (les soi-disant « Euromissiles »).
2022 - La Conférence d’examen du TNP s’achève sans document final en raison de l’opposition de la Russie aux clauses relatives à la centrale nucléaire de Zaporijia.
2026 - En février, le traité New START sur les missiles nucléaires à longue portée expire sans accord de remplacement entre les États-Unis et la Russie.
2026 - Du 27 avril au 22 mai, la onzième Conférence d’examen du TNP se tiendra à New York.


Points clés à l'ordre du jour des négociations

La conférence du 27 avril 2026 devra aborder plusieurs questions cruciales.
Premièrement, le contexte sécuritaire international et l’état du désarmement nucléaire, avec l’expiration du traité New START qui laisse les États-Unis et la Russie sans aucune limite contraignante à leurs arsenaux.
Deuxièmement, la relation entre le TNP et le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN), entré en vigueur en 2021 et ratifié par une centaine d’États, représente un défi complémentaire au régime de non-prolifération.
À ces thèmes s'ajoutent des crises régionales : la guerre en Ukraine et les tensions autour de la centrale nucléaire de Zaporijia, le conflit au Moyen-Orient avec les bombardements en Iran, le développement continu du programme nucléaire nord-coréen et la course aux armements impliquant également les puissances émergentes.
D'après les données de la Fédération des scientifiques américains (FAS), les neuf États dotés de l'arme nucléaire possèdent collectivement environ 12 100 ogives nucléaires, dont environ 9 600 sont stockées, 3 900 sont prêtes à l'emploi et environ 2 100 sont en alerte, prêtes à être lancées. La Russie et les États-Unis contrôlent à eux deux environ 87 % de l'arsenal mondial.
L'intégration de l'intelligence artificielle dans les systèmes d'armement constitue un problème nouveau et préoccupant. La frontière entre simulation et réalité a été franchie lors des récents bombardements en Iran, où des systèmes d'IA ont été utilisés pour traiter les cibles à une vitesse fulgurante. Le développement de l'IA, associé à des décisions toujours plus rapides concernant les missiles hypersoniques, modifie la nature même de la menace nucléaire.


Pourquoi les conférences précédentes ont échoué

Les conférences d'examen du TNP fonctionnent selon le principe du consensus : l'opposition d'un seul État suffit à bloquer l'adoption d'un document final. Cette règle, conçue pour garantir la plus large participation possible, est devenue un instrument de droit de veto.
En 2015, la conférence s'est achevée sans document unifié en raison de profondes divisions entre États nucléaires et non nucléaires, la question du Moyen-Orient étant la principale cause d'échec. Les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada se sont opposés à la proposition de convoquer une conférence visant à établir une zone exempte d'armes de destruction massive au Moyen-Orient.
En 2022, c'est la Russie qui a bloqué le consensus en raison de désaccords sur la guerre en Ukraine et la centrale nucléaire de Zaporijia, notamment sur la proposition de restituer le contrôle aux autorités ukrainiennes. La Russie a accusé le document d'être « politisé ».
Ces échecs successifs ont gravement nui à la crédibilité du TNP. Dès 2023, la première session du comité préparatoire de la onzième conférence d’examen n’a même pas accepté le rapport final proposé par son président – ​​un événement sans précédent.


Positions sur le terrain : acteurs étatiques

Le contexte des négociations est extrêmement fragmenté, avec des positions souvent irréconciliables.


États-Unis: L'administration Trump a adopté une ligne de défiance ouverte envers le multilatéralisme. Le 7 janvier 2026, le président a signé un décret prévoyant le retrait des États-Unis de 66 traités ou organisations internationales, dont 31 accords multilatéraux. Sur le plan nucléaire, les États-Unis menacent de reprendre les essais nucléaires, violant ainsi l'esprit du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICE). Leur priorité demeure la non-prolifération et la lutte contre les programmes iraniens et nord-coréens, mais cette politique de désengagement des traités internationaux mine la confiance des alliés et la crédibilité de l'ensemble du système des accords internationaux.

Russie: Sergueï Riabkov, vice-ministre russe des Affaires étrangères, a déclaré que les trois sessions du comité préparatoire de la conférence de 2026 ont montré que les parties ne parviennent pas à un accord sur un document final.

Chine: La délégation chinoise se présente comme la championne des États non nucléaires, rappelant qu’elle est le seul État nucléaire à avoir publiquement déclaré qu’elle ne serait jamais la première à utiliser l’arme nucléaire (« pas de première frappe ») et qu’elle n’utiliserait ni ne menacerait d’utiliser l’arme nucléaire contre les États non nucléaires et les zones exemptes d’armes nucléaires – une politique inchangée depuis plus de soixante ans. Cependant, la Chine développe et modernise son arsenal, qui compterait environ 600 ogives nucléaires, selon les estimations.

France et Royaume-Uni: La France a annoncé un renforcement de son arsenal nucléaire et propose un parapluie nucléaire français pour l’Europe, une proposition déjà acceptée par huit pays. Le Royaume-Uni maintient une position plus traditionnelle, alignée sur celle des États-Unis en matière de dissuasion élargie. Si les deux pays sont tenus par les obligations de désarmement de l’article VI du TNP, leurs politiques actuelles vont à l’encontre de ces obligations.

États non nucléaires: Le Mouvement des non-alignés (MNA) et la Coalition pour un nouvel agenda (NAC) appellent fermement à des progrès concrets en matière de désarmement et à une plus grande transparence. Le Vietnam, qui présidera la conférence de 2026 sur proposition de 120 États membres du MNA, a organisé des consultations régionales en Afrique, en Asie-Pacifique et en Amérique latine afin de discuter des priorités du processus de révision. De nombreux États non nucléaires militent pour l’adoption d’une politique de non-recours en premier à l’arme nucléaire et pour la reconnaissance du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN).

Au Moyen-Orient et en Asie: suite au retrait de Donald Trump de l’accord de Vienne de 2015 en 2018, l’Iran a repris l’enrichissement d’uranium à 60 %, s’approchant dangereusement du seuil de 90 % nécessaire à la fabrication d’armes nucléaires. La Corée du Nord poursuit son programme de développement nucléaire et balistique, avec un plan quinquennal visant à accroître ses capacités militaires à un niveau considéré comme incomparable. L’Arabie saoudite, le Japon et la Corée du Sud sont des candidats potentiels à la prolifération nucléaire, en fonction de l’évolution de la situation géopolitique. Le gouvernement japonais, en particulier, fait face à une forte opposition du mouvement anti-réarmement concernant sa stratégie de modification de l’article 9 de la Constitution pacifiste, qui renonce à la guerre.

L’Inde, le Pakistan et Israël: ces pays ne sont pas signataires du TNP et possèdent l’arme nucléaire. Leur absence du traité constitue un défi permanent à son universalité et à sa crédibilité. Israël disposerait d’un arsenal estimé à environ 90 ogives nucléaires, l’Inde à environ 180 et le Pakistan à environ 170.


Initiatives du mouvement international pour la paix

Dans ce contexte de tensions et de divisions, le mouvement international pour la paix joue un rôle fondamental en attirant l'attention du public sur des questions que les gouvernements et les médias traditionnels ont tendance à écarter du débat public, souvent parce qu'elles sont jugées trop techniques et difficiles à comprendre. Or, c'est précisément la complexité de ces questions qui rend indispensable le travail de traduction et de diffusion que seule une société civile organisée peut garantir.


La Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN), lauréate du prix Nobel de la paix 2017, est en première ligne de la mobilisation. ICAN Australie a invité les organisations de la société civile australiennes et insulaires du Pacifique à signer une déclaration appelant le gouvernement à interdire l'entrée, le transit et la présence d'armes nucléaires sur le territoire australien et à ratifier le Traité sur l'interdiction des armes nucléaires (TIAN). Plus de 150 organisations se sont jointes à cet appel.

ICAN France a lancé un communiqué de presse intitulé « Le Traité sur la non-prolifération nucléaire en danger: la France joue avec le feu », dénonçant la détermination apparente des puissances nucléaires à saper les fondements mêmes du régime de non-prolifération, en violant son esprit et parfois même sa lettre. La campagne organise des actions de sensibilisation dans toute la France, avec des expositions, des projections de documentaires et des débats publics, afin de placer le désarmement nucléaire au cœur du débat public.

Le réseau international des maires engagés pour la paix, Mayors for Peace, a organisé un webinaire en collaboration avec ICAN afin d'aborder la question de la disparition des traités de limitation des armements nucléaires. Cette réunion a rassemblé des experts et des militants venus de toute l'Europe. Il a été rappelé que la principale faiblesse du mouvement européen pour le désarmement nucléaire réside peut-être dans le manque de confiance en ses propres capacités. Il est nécessaire de construire un vaste mouvement populaire pour le désarmement nucléaire, de nouer des liens diplomatiques et de donner la parole aux citoyens.

Melissa Parke, directrice générale d'ICAN, a souligné que l'horloge de l'apocalypse indique 85 secondes avant minuit. Elle a fait remarquer que, ces derniers temps, le monde a été témoin de violations du droit international commises par plusieurs États dotés de l'arme nucléaire, notamment les États-Unis, la Russie et Israël, sans aucun égard pour les institutions qui promeuvent la paix et la responsabilité. À l'ère nucléaire, de tels agissements représentent un risque existentiel pour nous tous et pour la planète.

Sophie Bolt, secrétaire générale de la Campagne pour le désarmement nucléaire du Royaume-Uni, a souligné que la menace nucléaire est à son plus haut niveau depuis la Guerre froide. Le conflit en Ukraine est devenu le point de tension nucléaire le plus grave. Nous avons assisté à une escalade du déploiement de missiles américains et britanniques à longue portée, à l'essai par la Russie du missile de croisière à propulsion nucléaire Burevestnik et au déploiement d'armes nucléaires russes au Bélarus pour la première fois depuis la Guerre froide. De plus, une nouvelle génération de bombes nucléaires américaines a été déployée sur des bases de l'OTAN à travers l'Europe.

Les survivants d'Hiroshima et de Nagasaki, les hibakusha, jouent également un rôle fondamental. Ils seront présents à New York lors de la conférence. Leurs témoignages devraient permettre au monde de comprendre les conséquences humanitaires d'une bombe atomique. Seront également présents des représentants des peuples du Pacifique, qui subissent depuis des décennies les conséquences des essais nucléaires en plein air. Le 30 mars 2026, aux Fidji, des centaines de personnes se sont rassemblées à l'Université du Pacifique Sud à Suva pour la Journée de commémoration des victimes du nucléaire. L'initiative s'intitulait « ANIN jitbon mar », ce qui signifie en langue locale un appel spirituel venant des îles. Les principaux journaux et chaînes de télévision n'ont pas relayé cet événement. Pour les pacifistes, ce silence est le signe d'une vérité occultée.


Le rôle des scientifiques dans le désarmement

Les scientifiques ont une responsabilité particulière dans le débat sur le désarmement nucléaire. Les Conférences Pugwash sur la science et les affaires mondiales, récompensées par le prix Nobel de la paix en 1995, constituent l'une des voix les plus influentes dans ce domaine. Le 24 février 2026, le secrétaire général de Pugwash a publié un article dans Nature Worldview soulignant que, pour la première fois en plus de cinquante ans, les deux principales puissances nucléaires opèrent sans les barrières protectrices qui garantissaient le contrôle, la stabilité, la prévisibilité et la transparence de l'ordre mondial. Cette situation accroît le risque d'une nouvelle course aux armements nucléaires et d'une prolifération mondiale. L'absence de débats publics sur les risques posés par les armes nucléaires est tout aussi préoccupante : le public, les scientifiques et les dirigeants politiques sont restés majoritairement silencieux.

La direction de Pugwash a condamné sans équivoque l'attaque militaire lancée par les États-Unis et Israël contre l'Iran, la qualifiant de violation flagrante du droit international, de la Charte des Nations Unies et des principes fondamentaux de l'humanité. Cette attaque délibérée par la force constitue une guerre de choix, et non une guerre de nécessité. Plus grave encore, selon Pugwash, le programme nucléaire iranien n'est ni au cœur du différend ni la cible des attaques militaires. En lançant des attaques contre des États non dotés de l'arme nucléaire, ces puissances nucléaires ont violé les garanties de sécurité du régime de non-prolifération. De telles actions risquent de déclencher une nouvelle vague de prolifération incontrôlable, car les États non nucléaires pourraient désormais trouver une justification désespérée pour acquérir l'arme nucléaire afin de préserver leur propre survie.
Pugwash met en garde contre la normalisation de la guerre comme instrument politique. La situation actuelle est en totale contradiction avec les idéaux fondateurs de Pugwash, qui reposent sur le dialogue au service de la sécurité coopérative et de la prévention des conflits. La diplomatie et le respect du droit international demeurent la seule voie viable vers une paix et une sécurité durables.

L'Union des scientifiques pour le désarmement (USPID) en Italie travaille sur de multiples fronts : le contrôle et le désarmement nucléaires, la prolifération, les conséquences des explosions nucléaires, le contrôle des matières fissiles, les développements en matière de technologie militaire, le désarmement conventionnel, le désarmement chimique et biologique, et les questions de conflit et de résolution des conflits.
L’organisation International Physicians for the Prevention of Nuclear War (IPPNW), également lauréate du prix Nobel de la paix, apporte au débat la perspective médicale et sanitaire, en documentant les conséquences humanitaires de toute utilisation d’armes nucléaires.


Conclusion : le risque d’une course aux armements incontrôlée

La Conférence d’examen du TNP de 2026 se tient à un moment où le droit international semble avoir perdu de sa force contraignante. Des traités sont abandonnés, des accords ne sont pas renouvelés, les institutions multilatérales sont remises en question. Nous sommes au plus bas du droit international depuis 1945. Pourtant, précisément en cette période de crise, le TNP représente peut-être le dernier espoir de préserver un ordre nucléaire fondé sur des règles partagées.
Le monde ne peut se permettre un troisième échec consécutif. Un TNP vidé de son sens ouvrirait non seulement la voie à une course aux armements incontrôlée, mais saperait également la crédibilité même du multilatéralisme et de la diplomatie en tant qu'outils de résolution des conflits. À une époque où la menace nucléaire est redevenue d'une actualité brûlante, avec des arsenaux en expansion, de nouvelles technologies qui accroissent les risques d'escalade et des crises régionales impliquant directement des puissances nucléaires, les enjeux sont plus importants que jamais.
Le mouvement pacifiste international, les scientifiques engagés pour le désarmement, les survivants d'Hiroshima et de Nagasaki, les victimes des essais nucléaires dans le Pacifique : ce sont eux qui entretiennent la flamme de la raison dans un monde qui semble avoir oublié les horreurs dont sont capables les armes nucléaires. Ce sont eux qui nous rappellent que le désarmement n'est pas une utopie, mais une nécessité pour la survie même de l'humanité. Leur voix, souvent ignorée par les grands médias et les instances du pouvoir, est plus nécessaire que jamais. Car, comme le rappelait Pugwash, la diplomatie et le respect du droit international demeurent la seule voie viable vers une paix et une sécurité durables.


Liste des acteurs du secteur

acteurs étatiques

États-Unis: priorité à la non-prolifération et à la dissuasion élargie; menace de reprise des essais nucléaires; retrait de 66 traités internationaux; arsenal estimé à 5 177 ogives nucléaires.

Russie: défense de la souveraineté de l’État face aux demandes de vérification; droit de veto sur les clauses relatives à l’Ukraine; arsenal estimé à 5 459 ogives; déploiement d’ogives au Bélarus.

Chine: seul État nucléaire à avoir signé une déclaration de non-recours en premier à l'arme nucléaire; propose des garanties de sécurité négatives pour les États non nucléaires; son arsenal nucléaire est estimé à 600 ogives.

France: augmentation du nombre d’ogives; proposition de parapluie nucléaire européen; arsenal estimé à 370 ogives.

Royaume-Uni: dissuasion élargie alignée sur celle des États-Unis; arsenal estimé à 225 ogives.

Inde: non signataire du TNP; arsenal estimé à 180 ogives nucléaires.

Pakistan: non signataire du TNP; arsenal estimé à 170 ogives nucléaires.

Israël: non signataire du TNP; arsenal estimé à 90 ogives nucléaires; politique d’ambiguïté nucléaire.

Corée du Nord: s'est retirée du TNP en 2003 ; arsenal estimé à 50 ogives; programme d'expansion nucléaire et balistique.

Iran: partie au TNP mais avec un programme d'enrichissement d'uranium à 60 %; état potentiellement nucléaire.

Vietnam: présidence de la Conférence d’examen de 2026; rôle de médiation entre les blocs opposés.

Mouvement des non-alignés (MNA): demande de progrès concrets en matière de désarmement et de plus grande transparence.

Coalition pour un nouvel agenda (NAC): promotion des politiques de non-premier usage et reconnaissance du TPNW.


acteurs de la société civile

Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires (ICAN): Prix Nobel de la paix 2017 ; promeut le TPNW.

Maires pour la paix: réseau international de maires engagés dans l’abolition des armes nucléaires.

Les Hibakusha: survivants des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki; ils témoignent directement des conséquences humanitaires des armes nucléaires; ils seront présents à New York pendant la conférence.

Peuples du Pacifique: victimes de plus de 300 essais nucléaires menés par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni entre 1946 et 1996; ils seront représentés à New York pour obtenir justice et reconnaissance.

Médecins internationaux pour la prévention de la guerre nucléaire (IPPNW): prix Nobel de la paix 1985 ; offrent une perspective médicale sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires.

Bureau international pour la paix (BIP): Le BIP joue un rôle central au sein du Comité pour le désarmement, une ONG basée à Genève .

Campagne pour le désarmement nucléaire (CND) du Royaume-Uni : campagne de mobilisation contre le renforcement de l'arsenal nucléaire britannique.

Conférences Pugwash sur la science et les affaires mondiales: Prix Nobel de la paix 1995; favorise le dialogue entre scientifiques et décideurs politiques; analyse les risques nucléaires et promeut le désarmement sur la base de preuves scientifiques.

Fédération des scientifiques américains (FAS): surveillance et analyse des arsenaux nucléaires mondiaux ; produit des données et des statistiques pour le débat public.

Réseau italien pour la paix et le désarmement (Rete Italiana Pace Disarmo): coordination des mouvements, associations et organismes pour la paix et le désarmement; dénonce l'échec de la dissuasion nucléaire ; promeut en Italie un projet de loi pour un ministère de la Défense civile non armée et non violente.

Union des scientifiques pour le désarmement (USPID): recherche et diffusion en Italie sur le contrôle des armements, la prolifération, les conséquences des explosions nucléaires et les technologies militaires.


ISODARCO (École internationale sur le désarmement et la recherche sur les conflits), fondée en 1966, organise des cours de haut niveau sur les risques nucléaires, la sécurité internationale et le désarmement.


PeaceLink: réseau pour la paix; favorise la communication mondiale sur les questions de désarmement nucléaire.


Glossaire

Le TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires) est un accord international entré en vigueur en 1970, fondé sur trois piliers : la non-prolifération, le désarmement et l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Il ne reconnaît comme États nucléaires officiels que les pays qui avaient développé des armes nucléaires avant le 1er janvier 1967 (États-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine).

Conférence d’examen: réunion quinquennale visant à évaluer la mise en œuvre du TNP et à adopter un document final contenant des mesures pour le renforcer.

Consensus: règle de prise de décision du TNP selon laquelle l'adoption d'un document final requiert l'accord de tous les États participants ; l'opposition d'un seul État suffit à bloquer toute décision.

Article VI du TNP: clause engageant tous les États parties à poursuivre de bonne foi des négociations sur la cessation de la course aux armements nucléaires et sur le désarmement nucléaire.

Le TPNW (Traité sur l'interdiction des armes nucléaires) est un traité entré en vigueur en 2021, interdisant la mise au point, les essais, la production, le stockage, le transfert, l'emploi et la menace d'emploi d'armes nucléaires. Il a été ratifié par une centaine d'États, mais pas par les États dotés de l'arme nucléaire.

Nouveau START: traité bilatéral entre les États-Unis et la Russie pour la réduction des armes nucléaires stratégiques, entré en vigueur en 2011 et expiré en février 2026 sans être renouvelé.

Traité FNI (Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire): accord de 1987 entre les États-Unis et l'Union soviétique visant à éliminer les missiles à portée intermédiaire ; effondré en 2019.

TICE (Traité d'interdiction complète des essais nucléaires): traité de 1996 interdisant tous les essais nucléaires; signé mais pas encore entré en vigueur en raison du manque de ratification par certains États clés.

Garanties de sécurité négatives: engagement des États nucléaires à ne pas utiliser ni menacer d’utiliser d’armes nucléaires contre les États non nucléaires.

Dissuasion élargie: politique par laquelle une puissance nucléaire étend sa protection nucléaire aux États alliés non nucléaires, promettant d'utiliser ses armes nucléaires pour leur défense.

Partage nucléaire: accord par lequel des États non nucléaires accueillent sur leur territoire des armes nucléaires d'une puissance nucléaire et participent à la planification de leur utilisation éventuelle.

Non-recours en premier: déclaration d'un État nucléaire selon laquelle il ne sera pas le premier à utiliser l'arme nucléaire dans un conflit.

AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique): organisation internationale qui promeut l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire et vérifie le respect des obligations de non-prolifération.

Hibakusha: Terme japonais désignant les survivants des bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki.

Zone exempte d'armes nucléaires: zone géographique où les États s'engagent à ne pas développer, acquérir, tester ou déployer d'armes nucléaires.


Albert
Communication pacifiste

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19 avril 2026

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